Pourquoi les QR codes piégés passent-ils à travers les filtres anti-spam ?
Parce qu'un QR code est une image : le filtre voit un dessin, pas un lien, et l'attaque quitte l'ordinateur protégé du bureau pour le GSM de la personne. Les filtres récents savent lire beaucoup de QR codes, mais pas tous, et rien ne filtre un autocollant posé sur une borne de recharge. La meilleure défense est une règle simple, donnée à toute l'équipe : un QR code reçu par mail se traite comme un lien inconnu, et on ne tape jamais son mot de passe professionnel après l'avoir scanné.
Le quishing, en deux mots
Le « quishing » est la contraction de « QR code » et de « phishing » (hameçonnage). Le principe ne change pas : vous faire arriver sur une fausse page pour vous voler un mot de passe, des données bancaires, ou vous faire installer une application malveillante. Seule différence : le lien piégé est caché dans un QR code.
Le Centre pour la Cybersécurité Belgique (CCB) a noté que 2023 a été l'année de la percée de ce procédé : apparu en 2022, il « n'est plus une exception ». Le CCB souligne le cœur du problème : quand on scanne un QR code, on ne voit pas tout de suite vers quel site il mène.
Pourquoi le filtre anti-spam le laisse passer
Un filtre anti-spam lit d'abord les liens et le texte d'un mail. Un QR code, lui, est une image. Microsoft l'explique dans un billet de son équipe Defender pour Office 365 : le QR code « apparaît comme une image » pendant l'acheminement du mail et reste illisible tant qu'il n'est pas décodé.
Microsoft donne deux raisons au succès de ces attaques, et observe d'autres astuces dans les mails piégés :
- L'attaque change d'appareil. On scanne avec son GSM, souvent personnel, qui n'a pas les protections de l'ordinateur du bureau.
- Le petit écran cache les indices. Sur un téléphone, l'adresse du site est courte, tronquée, et les signes d'alerte se voient mal.
- Peu ou pas de texte. Moins il y a de mots, moins le filtre a d'indices pour juger le message.
- Le QR code est caché ailleurs : dans une image plus grande, ou dans une pièce jointe PDF plutôt que dans le corps du mail.
Les filtres se sont adaptés. Fin 2023, Microsoft a ajouté la lecture des QR codes à la protection de sa messagerie et annonçait bloquer environ 1,5 million de mails de quishing par jour. Mais aucun filtre n'est parfait, et un QR code collé sur une borne ou imprimé sur une lettre ne passe par aucun filtre.
Les pièges les plus courants
| Où on le trouve | Ce qu'il raconte | Ce qu'il vise |
|---|---|---|
| Mail « du service informatique » | Votre mot de passe expire, réactivez votre double authentification | Le mot de passe Microsoft 365 de l'entreprise |
| Mail avec un document à signer | Un contrat ou une facture vous attend, scannez pour l'ouvrir | Le mot de passe professionnel |
| Pièce jointe PDF | Le QR code est dans le document, pas dans le mail | Passer sous le radar du filtre |
| Faux mail du SPF Finances | Un remboursement de plus de 300 €, scannez pour confirmer vos coordonnées bancaires | Données bancaires, code PIN, code Digipass |
| Borne de recharge, parking | Un autocollant posé sur le vrai QR code | Les données de carte bancaire |
Le faux remboursement du SPF Finances a fait l'objet d'une alerte de Safeonweb en juillet 2026. Le rappel vaut pour toutes les administrations : elles ne vous demandent pas de scanner un QR code pour confirmer vos coordonnées bancaires. Safeonweb a aussi signalé les faux QR codes sur les bornes de recharge.
Un scénario typique
Exemple, inventé pour illustrer. Un mardi matin, la secrétaire d'un cabinet reçoit un mail aux couleurs de Microsoft : « Votre boîte sera désactivée aujourd'hui. Scannez ce code pour garder l'accès. » Le mail ne contient presque pas de texte, aucun lien : juste un logo et un QR code. Le filtre ne le bloque pas.
Elle sort son GSM, scanne, arrive sur une page de connexion Microsoft parfaitement imitée et tape son mot de passe. Sur le petit écran, elle ne voit pas que l'adresse n'a rien à voir avec Microsoft. L'ordinateur du bureau, protégé, n'a jamais vu passer la page.
Ce qui l'aurait arrêtée : une seule règle, connue de toute l'équipe. Un QR code qui demande de se connecter à un compte professionnel, c'est toujours non.

Ce qu'il faut dire à l'équipe
Pas besoin d'une formation de deux heures. Ces cinq phrases, répétées en réunion d'équipe et affichées près des postes, couvrent l'essentiel. Elles reprennent les conseils de Safeonweb sur le quishing.
- Un QR code dans un mail, c'est un lien inconnu. Même prudence, même réflexe : d'où vient ce message, est-ce que je l'attendais ?
- Jamais de mot de passe professionnel après un scan. Le service informatique, Microsoft ou la banque ne vous demandent pas de vous connecter par un QR code.
- Lire l'adresse avant d'ouvrir. Après le scan, le téléphone affiche l'adresse du site : on prend le temps de la lire. Si elle ne correspond pas exactement au site attendu, on n'ouvre pas.
- En cas de doute, on demande. Un coup de fil au collègue ou au prestataire informatique, sur un numéro connu, jamais celui donné dans le message.
- On signale, même si on a cliqué. Plus vite on le sait, plus vite on agit. Personne ne sera grondé pour avoir prévenu.

Lundi matin : quatre gestes concrets
- Désigner une personne à prévenir en cas de message suspect, avec son numéro, et le dire à tout le monde.
- Montrer comment signaler : le bouton « Signaler » de votre messagerie s'il existe, et le transfert du mail à [email protected]. Le CCB extrait aussi les adresses cachées dans les QR codes et les captures d'écran : quand un site est reconnu malveillant, les internautes qui tombent dessus sont redirigés vers une page d'avertissement.
- Vérifier vos propres QR codes : affiche de prise de rendez-vous en salle d'attente, QR code de paiement sur les factures, lien vers vos avis en ligne. Un autocollant posé par-dessus ? C'est exactement la technique des bornes de recharge.
- Protéger les comptes : la double authentification sur tous les comptes professionnels, des téléphones à jour, et les applications installées uniquement depuis les magasins officiels (Google Play, App Store).

Pour aller plus loin, Microsoft recommande de déployer largement des méthodes de connexion résistantes à l'hameçonnage, comme les clés de sécurité ou les passkeys (clés d'accès), qui ne se laissent pas réutiliser par une fausse page. Microsoft conseille de commencer par les comptes administrateurs et par ceux qui ont accès à des données sensibles : direction, comptabilité, dossiers patients.
Quelqu'un a scanné et tapé quelque chose : que faire dans l'heure
Pas de panique, mais pas d'attente non plus. Ce qu'on fait dépend de ce qui a été donné.
| Ce qui a été donné | Le geste immédiat | Qui prévenir |
|---|---|---|
| Rien, la page a été fermée | Fermer, ne rien taper, garder le mail | Signaler à [email protected] |
| Le mot de passe professionnel | Changer le mot de passe, fermer toutes les sessions ouvertes, vérifier les règles de transfert de la boîte | Votre prestataire informatique, tout de suite |
| Données de carte ou codes bancaires | Bloquer : Card Stop / Fraud Stop au 078 170 170, option « Déclarer une fraude » | Votre banque, puis la police |
| Une application installée | Désinstaller l'application, ne plus utiliser le téléphone pour les comptes professionnels jusqu'à sa vérification (ou sa réinitialisation), changer les mots de passe depuis un autre appareil | Votre prestataire informatique |
| Des données de patients ou de clients exposées | Documenter l'incident | L'Autorité de protection des données, dans les 72 heures si le risque est réel |
Pour un compte Microsoft 365, changer le mot de passe ne suffit pas. Le guide de Microsoft sur les comptes compromis demande aussi de fermer les sessions déjà ouvertes, de retirer les méthodes de double authentification ajoutées par l'attaquant et de contrôler les règles qui transfèrent les mails vers l'extérieur. C'est le travail de votre administrateur ou de votre prestataire, et c'est urgent.
Si de l'argent a été volé, Safeonweb recommande de porter plainte auprès de la police, en ligne ou au commissariat. Et si l'attaquant a pu voir des données personnelles (dossiers patients, fichier clients), le RGPD impose de notifier la violation à l'APD dans les meilleurs délais, si possible dans les 72 heures, sauf si elle ne présente pas de risque pour les personnes.
Le cas particulier des cabinets de santé
Dans un cabinet, la boîte mail de l'accueil reçoit des résultats, des courriers de confrères et des demandes de patients. Un mot de passe volé donne accès à tout cela. Les deux premières lignes du tableau sont donc à traiter le jour même, et la question de l'APD se pose presque toujours : mieux vaut en parler tout de suite avec votre prestataire.
Garder les choses en proportion
Le quishing reste une variante de l'hameçonnage classique, pas une menace d'un genre nouveau. Les mêmes réflexes protègent : se méfier de l'urgence, vérifier l'adresse, ne jamais donner son mot de passe à une page arrivée par surprise. La seule nouveauté à retenir : le lien peut désormais se cacher dans une image, et le filtre ne vous en protège pas toujours.
Questions fréquentes
Qu'est-ce que le quishing ?
C'est de l'hameçonnage par QR code : le lien vers une fausse page, ou vers une application malveillante, est caché dans un QR code au lieu d'apparaître en clair. Le but reste le même : voler un mot de passe, des données bancaires, ou installer un logiciel espion sur le téléphone.
Pourquoi un QR code piégé passe-t-il les filtres anti-spam ?
Parce que c'est une image : le filtre ne voit pas le lien tant qu'il n'a pas décodé le QR code. Les messages de quishing contiennent aussi souvent très peu de texte, ou cachent le QR code dans une pièce jointe PDF. Les filtres récents, comme celui de Microsoft 365, savent lire beaucoup de QR codes, mais pas tous.
Comment savoir si un QR code est piégé ?
Avant d'ouvrir le lien, regardez l'adresse que votre téléphone affiche après le scan : elle doit correspondre exactement au site attendu. Méfiez-vous d'un QR code reçu par mail que vous n'attendiez pas, d'un message qui presse, d'une demande de mot de passe ou de coordonnées bancaires, et d'un autocollant posé sur un autre QR code.
J'ai scanné un QR code suspect, que faire ?
Si vous n'avez rien tapé, fermez la page et signalez le message à [email protected]. Si vous avez donné un mot de passe, changez-le immédiatement et prévenez votre service informatique, qui fermera les sessions ouvertes. Si vous avez donné des données bancaires, appelez Card Stop / Fraud Stop au 078 170 170, puis votre banque.
Où signaler un QR code suspect en Belgique ?
Transférez le mail, ou une photo du QR code, à [email protected]. Le Centre pour la Cybersécurité Belgique analyse les adresses cachées dans les QR codes ; quand un site est reconnu malveillant, les autres internautes sont redirigés vers une page d'avertissement. En cas de vol d'argent, portez aussi plainte auprès de la police.
