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Fausse facture, faux IBAN : comment un fournisseur « change de compte » et vous vole un virement ?

Un escroc intercepte ou imite la facture d'un vrai fournisseur et y remplace le numéro de compte par le sien, souvent avec un message « nous avons changé de banque ». Vous payez, le vrai fournisseur ne reçoit rien. La parade : ne jamais accepter un changement d'IBAN sans rappeler le fournisseur au numéro que vous aviez déjà, faire valider les paiements par deux personnes et prendre au sérieux l'avertissement de votre banque sur le nom du bénéficiaire. Si vous avez déjà payé, appelez votre banque immédiatement.

Par Nasir Moxa, Fondateur de DeepIT

Le scénario en bref

Exemple, inventé pour illustrer. Un cabinet dentaire fictif reçoit un mail de son fournisseur de matériel habituel. Même logo, même signature, même ton que d'habitude : « Suite à un changement de banque, merci d'utiliser désormais le nouveau numéro de compte indiqué sur la facture ci-jointe. » La facture en PDF ressemble trait pour trait aux précédentes. Seul l'IBAN a changé.

La personne qui gère les paiements met à jour la fiche du fournisseur et paie 8 400 €. Trois semaines plus tard, le vrai fournisseur envoie un rappel : il n'a rien reçu. L'argent est parti sur le compte d'un escroc, et le cabinet doit encore payer sa facture. Le montant et les détails de cet exemple sont inventés ; le mécanisme, lui, est décrit tel quel par les banques belges.

Le piège du faux IBAN en quatre étapes : l'escroc récupère une vraie facture, remplace seulement le numéro de compte avec le message « nous avons changé de banque », vous payez sur son compte, puis le vrai fournisseur relance car il n'a rien reçu.

Comment l'escroc s'y prend

La fédération des banques belges, Febelfin, décrit cette fraude dans sa brochure sur la fraude aux paiements des entreprises : les escrocs interceptent une vraie facture, remplacent les coordonnées bancaires du fournisseur par les leurs, puis envoient la facture modifiée. Pour mettre la main sur la facture, ils ont plusieurs portes d'entrée :

  • Le courrier papier : des factures volées dans les boîtes aux lettres rouges de bpost, dans les centres de tri ou dans la boîte aux lettres de l'entreprise.
  • La messagerie du fournisseur : les escrocs entrent dans son système informatique, lisent ses mails de facturation et y changent le numéro de compte.
  • La retouche : la facture originale est scannée, puis le numéro de compte, et parfois le numéro de téléphone, sont modifiés avec un logiciel.
  • La lettre d'accompagnement : un courrier, voire un autocollant « Attention, numéro de compte modifié » sur l'enveloppe ou sur la facture.
  • La facture inventée : une facture pour un service jamais commandé.

Le cas le plus traître est celui de la messagerie piratée. Le mail part alors de la vraie adresse du fournisseur, parfois dans un échange qui dure depuis des mois. Regarder l'adresse de l'expéditeur ne suffit donc plus. Febelfin signale aussi, pour la fraude au CEO, des adresses qui ne diffèrent de la vraie que par une seule lettre ; le même piège sert pour les fausses factures.

Les factures électroniques ne mettent pas à l'abri. Depuis le 1er janvier 2026, les factures entre entreprises belges doivent passer par Peppol, le réseau européen d'échange de factures électroniques ; Febelfin précise que ses recommandations restent valables pour ces factures aussi.

Les signaux qui doivent vous arrêter

SignalPourquoi c'est suspectLe bon réflexe
« Nous avons changé de banque » par mail ou par courrierC'est le scénario type de la fraudeRappeler le fournisseur au numéro que vous aviez déjà
Autocollant ou lettre « numéro de compte modifié »Technique citée mot pour mot par FebelfinNe rien modifier avant d'avoir vérifié
Un IBAN qui commence par d'autres lettres que BE pour un fournisseur belgeLes deux premières lettres de l'IBAN donnent le pays du compteDemander pourquoi, par téléphone
Une adresse mail presque identiqueUne seule lettre peut changerComparer avec les anciens échanges
Une urgence : « à payer aujourd'hui », « sinon livraison bloquée »La pression empêche de vérifierPrendre le temps, même si on vous presse
Un avertissement de votre banque sur le nom du bénéficiaireLe nom et le compte ne correspondent pasArrêter le paiement et vérifier

Un seul de ces signaux suffit pour faire une pause. Aucun fournisseur sérieux ne vous reprochera d'avoir appelé pour confirmer son nouveau compte.

Le filet des banques : la vérification du nom du bénéficiaire

Depuis le 9 octobre 2025, toutes les banques de la zone euro doivent vérifier, avant chaque virement, si le nom du bénéficiaire que vous avez encodé correspond bien au titulaire du compte. Febelfin l'explique ici : la vérification est gratuite et ne demande aucune action de votre part. Votre banque vous montre l'un de ces résultats :

Résultat affichéCe que ça veut direQue faire
Le nom correspondLe compte appartient bien à ce nomPayer normalement
Le nom correspond presquePetite différence, par exemple une faute de frappe : la banque affiche le nom exactVérifier que c'est bien votre fournisseur
Le nom ne correspond pasLe compte appartient à quelqu'un d'autreNe pas payer : appeler le fournisseur à son numéro habituel
Vérification impossiblePanne technique ou banque du bénéficiaire qui ne répond pasVérifier par téléphone avant de payer

C'est un vrai progrès, avec deux limites. D'abord, Febelfin le rappelle : vous restez responsable des virements que vous faites, l'avertissement n'est qu'une aide. Si vous passez outre, c'est votre décision. Ensuite, la vérification ne compare que le nom et le compte : elle ne sait pas si vous devez réellement de l'argent à ce bénéficiaire. Si vous payez vos fournisseurs par lots depuis un logiciel comptable, demandez à votre banque comment ce contrôle s'applique à ces lots et qui voit les avertissements.

La règle d'or : un changement de compte se vérifie par un autre canal

Toutes les recommandations officielles se ramènent à une idée simple : une demande de changement de numéro de compte ne se confirme jamais par le canal qui l'a apportée. Si elle arrive par mail, on vérifie par téléphone, au numéro qu'on avait déjà. Voici les gestes à mettre en place dès lundi matin :

  1. Écrivez la règle noir sur blanc : aucune coordonnée bancaire de fournisseur n'est modifiée sur la seule base d'un mail, d'un courrier ou d'un appel reçu.
  2. Rappelez au numéro que vous aviez déjà : celui de votre fiche fournisseur, d'un ancien contrat ou de son site officiel, jamais celui qui figure sur la facture ou dans le mail, qui peut lui aussi être faux.
  3. Comparez l'IBAN avec celui du bon de commande, de vos paiements précédents ou du site officiel du fournisseur.
  4. Séparez les rôles : la personne qui modifie une fiche fournisseur n'est pas celle qui valide le paiement. Febelfin recommande la double signature : la deuxième personne n'est pas impliquée dans l'échange et repère plus facilement l'anomalie.
  5. Prenez le temps sur le premier paiement vers un nouveau compte : un virement instantané arrive en quelques secondes. Febelfin souligne qu'un virement classique laisse un délai qui peut aider à détecter une fraude avant qu'il soit trop tard.
  6. Lisez l'avertissement de la banque au lieu de cliquer sur « Continuer ».

Ces gestes ne coûtent rien et ne demandent aucun outil. Ils demandent seulement que tout le monde, y compris la direction, accepte qu'un paiement attende quelques heures le temps d'un coup de fil.

Ce qui ne prouve rien face à un changement de compte (répondre au mail, appeler le numéro de la facture, se fier à l'adresse de l'expéditeur) comparé à ce qui protège : rappeler au numéro que vous aviez déjà, comparer l'IBAN et séparer modification et validation entre deux personnes.

Protégez aussi votre propre messagerie

La fraude marche dans les deux sens : si votre boîte mail est piratée, ce sont vos clients ou vos patients qui recevront de fausses factures à votre nom. Trois précautions simples :

  • Activez la double authentification sur toutes les boîtes mail : en plus du mot de passe, un code ou une validation sur le téléphone est demandé. Febelfin recommande des méthodes de connexion fortes.
  • Indiquez votre numéro de compte sur votre site et suivez rapidement les factures impayées : un client qui a payé un faux compte s'en rend compte plus vite.
  • Faites contrôler votre boîte par votre service informatique si quelque chose cloche, par exemple un client qui reçoit de vous un mail que vous n'avez jamais écrit.

Vous avez payé : les gestes dans l'ordre

Chaque heure compte. Febelfin le dit clairement : plus vous prévenez tôt votre banque, plus vous avez de chances de récupérer l'argent.

  1. Appelez votre banque tout de suite, par sa ligne fraude, joignable 24 h sur 24. Elle demandera à la banque du bénéficiaire de rembourser et tentera de bloquer le virement ou le compte.
  2. Bloquez le faux IBAN dans votre logiciel comptable et vérifiez qu'aucun autre paiement n'est programmé vers ce compte.
  3. Prévenez le vrai fournisseur, par téléphone : sa messagerie est peut-être piratée et d'autres clients sont peut-être visés.
  4. Déposez plainte à la police, en apportant le mail, la facture et la preuve du virement.
  5. Signalez les faits sur ConsumerConnect, le point de contact du SPF Économie, comme le recommande Febelfin.
  6. Transférez le mail piégé à votre service informatique, sans cliquer sur ses liens ni ouvrir ses pièces jointes, pour qu'il vérifie d'où il vient.
  7. Faites vérifier votre propre messagerie si le mail est arrivé dans un échange existant : la fuite vient peut-être de chez vous.
Les sept gestes dans l'ordre après un paiement sur un faux IBAN, en commençant tout de suite par un appel à la ligne fraude de votre banque, puis blocage du faux compte, alerte du vrai fournisseur, plainte, signalement et contrôle des messageries.

Cinq questions à poser à votre comptable cette semaine

  1. Qui peut modifier un numéro de compte de fournisseur dans notre logiciel ?
  2. Avons-nous une règle écrite de rappel par téléphone avant tout changement ?
  3. Les gros paiements sont-ils validés par deux personnes ?
  4. Que fait-on quand la banque affiche « le nom ne correspond pas » ?
  5. Avons-nous noté quelque part le numéro de la ligne fraude de notre banque ?

Si une réponse est « je ne sais pas », vous savez par où commencer. Ces cinq points se règlent en une réunion d'une heure.

Sécuriser vos paiements fournisseurs→

Questions fréquentes

Comment reconnaître une fausse facture avec un IBAN modifié ?

Méfiez-vous de tout message qui annonce un nouveau numéro de compte, d'un autocollant « numéro de compte modifié », d'un IBAN étranger pour un fournisseur belge, d'une adresse mail légèrement différente ou d'une urgence inhabituelle. Comparez l'IBAN avec celui de vos paiements précédents ou du bon de commande et rappelez le fournisseur au numéro que vous aviez déjà.

Que faire si j'ai payé une fausse facture ?

Appelez immédiatement votre banque, par sa ligne fraude : elle demandera à la banque du bénéficiaire de rembourser et tentera de bloquer le compte. Déposez ensuite plainte à la police, signalez les faits sur ConsumerConnect et prévenez le vrai fournisseur, dont la messagerie est peut-être piratée. Plus vous agissez vite, plus vous avez de chances de récupérer l'argent.

La vérification du nom du bénéficiaire suffit-elle à me protéger ?

Non. Depuis le 9 octobre 2025, votre banque vérifie gratuitement si le nom encodé correspond au titulaire du compte et vous avertit en cas d'écart. C'est une aide précieuse, mais vous restez responsable du virement si vous passez outre l'avertissement, et le contrôle ne sait pas si vous devez réellement de l'argent à ce bénéficiaire.

Les factures Peppol sont-elles à l'abri de cette fraude ?

Pas entièrement. Depuis le 1er janvier 2026, les factures entre entreprises belges passent obligatoirement par Peppol, et Febelfin précise que les recommandations contre la fraude à la facture restent valables pour ces factures. Un changement de numéro de compte se vérifie toujours par téléphone, au numéro que vous connaissez.

Comment un escroc connaît-il mes fournisseurs ?

Le plus souvent, il a lu les échanges : en volant du courrier, ou en piratant la boîte mail du fournisseur ou la vôtre. Il connaît alors les montants, les dates et le ton des échanges. C'est pourquoi la double authentification sur les boîtes mail et une règle de rappel par téléphone sont les deux protections les plus efficaces.