Copilot arrive dans Microsoft 365 : faut-il faire le ménage dans les partages avant de l'activer ?
Oui. Copilot de Microsoft 365 ne contourne aucune permission, mais il retrouve en une question tout ce que chaque employé a le droit de voir, y compris un dossier de salaires ou de patients partagé trop largement il y a des années. Avant de l'activer, repérez les espaces sensibles, retirez les liens ouverts à tous et les accès inutiles, puis testez avec quelques personnes avant d'étendre.
Le scénario en bref
Exemple, inventé pour illustrer. Une PME fictive de vingt-cinq personnes active Copilot de Microsoft 365 pour gagner du temps sur les comptes rendus et les mails. La deuxième semaine, un commercial demande à Copilot : « Quelles sont les fourchettes de salaire chez nous ? » Copilot répond, chiffres à l'appui, et cite sa source : un fichier Excel des salaires rangé dans le dossier « Direction ».
Personne n'a piraté quoi que ce soit. En 2022, ce dossier avait été partagé avec un lien valable pour « toutes les personnes de l'organisation », le temps qu'un stagiaire aide à préparer la paie. Le lien n'a jamais été retiré. Avant Copilot, il fallait chercher précisément ce fichier ou connaître ce dossier pour tomber dessus. Avec Copilot, il suffit de poser la bonne question.

Copilot fait vraiment gagner du temps, mais il révèle en quelques secondes les partages trop larges accumulés depuis des années. Le bon moment pour les ranger, c'est avant de l'activer.
Copilot ne pirate rien : il retrouve ce qui était déjà ouvert
Copilot de Microsoft 365 (Microsoft le renomme progressivement « Microsoft Copilot ») est un assistant d'IA intégré à Outlook, Teams, Word, Excel et aux espaces de fichiers de votre entreprise (SharePoint et OneDrive). Il répond aux questions en allant chercher dans vos mails, vos réunions et vos documents.
Microsoft l'écrit noir sur blanc : Copilot ne montre que les données de l'organisation qu'un utilisateur a au minimum le droit de consulter. Il ne donne aucun accès nouveau. Autrement dit, il n'ouvre aucune porte : il allume la lumière dans toutes les pièces dont la porte était déjà ouverte, y compris celles que vous aviez oubliées.
| Avant Copilot | Avec Copilot |
|---|---|
| Un fichier mal partagé passe inaperçu tant que personne ne le cherche précisément | Une simple question en langage courant le fait remonter, avec un lien vers le document |
| Un vieux partage oublié ne gêne personne | Ce même partage alimente les réponses de Copilot pour toutes les personnes qui y ont accès |
Version de base ou licence payante : ce que Copilot peut lire
Tout le monde ne voit pas le même Copilot. Selon la documentation de Microsoft, la version de base, incluse dans les abonnements Microsoft 365 éligibles, répond surtout à partir d'internet et des documents qu'on lui donne. La licence payante, elle, va chercher dans l'ensemble de vos données Microsoft 365.
| Version | Ce qu'elle peut lire | Le risque lié aux partages trop larges |
|---|---|---|
| Version de base, sans licence Copilot | Internet, les fichiers que l'utilisateur dépose ou colle, certains contenus de l'application ouverte | Limité : l'utilisateur doit fournir lui-même le document |
| Version de base dans Outlook | La boîte mail, l'agenda, les réunions, les conversations et un ensemble limité de fichiers liés | Moyen : elle reste dans ce que l'utilisateur peut déjà ouvrir |
| Licence Copilot payante | Mails, réunions, agendas, conversations, documents, sites et fichiers que l'utilisateur a le droit de voir | Élevé si vos partages sont trop larges : tout ce qui est ouvert peut ressortir dans une réponse |
Dans tous les cas, Microsoft indique que Copilot respecte les permissions existantes. Le ménage dans les partages est donc utile dès aujourd'hui, et il devient indispensable le jour où vous achetez des licences payantes.
Les portes laissées ouvertes que l'on retrouve partout
Dans son guide de préparation à Copilot, Microsoft demande de repérer en priorité les sites trop partagés, sans propriétaire, inactifs ou contenant des données sensibles. En pratique, dans une PME ou un cabinet, ce sont presque toujours les mêmes situations :
- Les liens « Toute personne disposant du lien » : n'importe qui ayant reçu le lien ouvre le document, sans se connecter. Microsoft précise qu'on ne peut alors pas savoir qui y a accès.
- Les liens « Personnes de votre organisation » : si le lien est transféré, il fonctionne pour n'importe quel collègue. Pratique pour un document d'équipe, risqué pour les salaires ou les dossiers patients.
- Le groupe « Tout le monde sauf les utilisateurs externes » : ajouté à un site ou à un dossier, il donne l'accès à tous les comptes de l'entreprise. Microsoft recommande de le retirer des sites sensibles.
- Les sites sans propriétaire ou abandonnés : un ancien projet, un ancien associé, un dossier de 2018. Personne ne les surveille, mais Copilot les lit pour tous ceux qui y ont accès.
- Les exceptions dossier par dossier : un dossier dont on a changé les droits à la main ne suit plus les règles du site qui le contient. Microsoft parle de « rupture d'héritage » des permissions : c'est souvent là que se cachent les surprises.
Les invités externes comptent aussi : un comptable, un ancien prestataire ou un laboratoire ajouté un jour comme invité garde son accès tant qu'on ne le retire pas. Microsoft précise même que si l'on coupe le partage externe puis qu'on le rallume, les invités retrouvent leur accès.

Cabinet de santé : un dossier vu par la mauvaise personne, c'est une fuite de données
Pour un cabinet médical, dentaire ou de kinésithérapie, l'enjeu dépasse le malaise interne. Le RGPD, tel que le rappelle l'Autorité de protection des données, définit une violation de données personnelles comme une violation de la sécurité qui entraîne, de manière accidentelle ou illicite, notamment la divulgation non autorisée de données ou l'accès non autorisé à ces données.
- Ce qui compte comme une fuite : un accès par une personne qui n'aurait pas dû voir le document, même sans malveillance. Par exemple, un compte rendu de consultation qu'une personne de l'accueil découvre par Copilot.
- Le délai : notifier l'Autorité de protection des données dans les meilleurs délais, si possible dans les 72 heures.
- L'exception : pas de notification si la fuite ne présente probablement aucun risque pour les patients.

Dans sa brochure sur l'IA et le RGPD, l'Autorité cite d'ailleurs, pour les données de santé, des contrôles d'accès stricts qui limitent les personnes autorisées à consulter et à modifier les données des patients. C'est exactement ce qu'il faut vérifier avant d'activer Copilot.
Le plan en quatre semaines avant d'activer
Inutile de tout bloquer ni de tout auditer d'un coup. Voici un ordre de marche réaliste pour une structure de 5 à 50 personnes. Votre prestataire informatique fait la partie technique ; la direction tranche qui doit voir quoi.
| Étape | Ce qu'on fait | Qui décide |
|---|---|---|
| Semaine 1 : faire l'inventaire | Lister les espaces sensibles : paie, RH, contrats, comptabilité, dossiers patients, direction | La direction |
| Semaine 1 : mesurer | Sortir la liste des liens « Toute personne », des partages à toute l'organisation, des sites sans propriétaire et des invités | Le prestataire informatique |
| Semaines 2 et 3 : corriger | Retirer les liens et les accès trop larges, nommer un propriétaire par site, supprimer les invités qui n'ont plus rien à faire là | Le prestataire, avec validation de la direction |
| Semaine 3 : verrouiller pour la suite | Faire de « Personnes spécifiques » le lien proposé par défaut, imposer une date d'expiration aux liens « Toute personne », poser une étiquette « confidentiel » sur les espaces sensibles (un marquage qui limite automatiquement qui peut ouvrir ou partager leurs documents) | Le prestataire informatique |
| Semaine 4 : tester puis élargir | Activer Copilot pour deux ou trois personnes, leur faire poser des questions pièges, puis étendre | La direction |
Le réglage du lien proposé par défaut compte beaucoup : Microsoft décrit l'option « Personnes spécifiques » comme la plus restrictive. Les liens « Toute personne » peuvent aussi être limités à la lecture seule et obligés d'expirer après un nombre de jours choisi, selon les paramètres de partage décrits par Microsoft.
Si Copilot est déjà activé
Pas de panique, et pas besoin de tout couper. Le guide de Microsoft prévoit des protections provisoires : on cache temporairement les sites sensibles aux recherches de Copilot, le temps de corriger leurs droits, puis on lève cette protection. Selon Microsoft, une partie de ces outils (la gestion avancée de SharePoint) est incluse avec la licence Copilot ; d'autres dépendent de votre abonnement Microsoft 365. Ensuite, on applique le même plan que ci-dessus.
Ce que vous pouvez faire lundi matin
- Noter les cinq dossiers que personne d'autre que vous ne devrait voir : salaires, contrats, litiges, comptabilité, dossiers patients.
- Ouvrir chacun d'eux dans SharePoint ou OneDrive, cliquer sur « Gérer l'accès » et regarder qui y figure. Un « Tout le monde » ou un lien ouvert à toute l'organisation est à retirer.
- Demander à votre prestataire la liste des liens « Toute personne disposant du lien » encore actifs et celle des invités externes.
- Nommer un responsable pour chaque espace partagé : c'est lui qui dira, deux fois par an, si les accès sont encore justes.
- Prévoir un pilote : deux ou trois personnes testent Copilot avec des questions comme « montre-moi les salaires » ou « quels patients ont rendez-vous demain », pour vérifier ce qui remonte.
Les règles du jeu pour l'équipe
Le ménage technique ne suffit pas : l'équipe doit savoir ce qu'on attend d'elle. Depuis le 2 février 2025, le règlement européen sur l'IA demande aux entreprises qui utilisent un système d'IA de prendre des mesures pour que leur personnel en comprenne le fonctionnement et les risques. La Commission européenne précise qu'aucun certificat n'est exigé : une courte formation interne, dont on garde une trace, permet de montrer que la démarche a été faite.
Trois messages simples à faire passer :
- Copilot voit ce que vous voyez. Si une réponse affiche un document que vous ne devriez pas voir, ne le diffusez pas : signalez-le à la direction ou au prestataire, c'est une porte à fermer.
- Copilot peut se tromper. Microsoft rappelle que ses réponses ne sont pas garanties exactes à 100 % : on relit avant d'envoyer.
- On partage avec des personnes, pas avec « tout le monde ». Pour un document sensible, le bon réflexe est le lien « Personnes spécifiques ».
Côté confidentialité, Microsoft indique que les questions, les réponses et les données consultées ne servent pas à entraîner ses modèles d'IA. La vraie question n'est donc pas « Microsoft lit-il nos données ? », mais « nos collègues peuvent-ils lire des données qui ne les concernent pas ? ».
Bien préparé, Copilot fait gagner du temps sur les mails, les comptes rendus et les recherches de documents. Quelques semaines de rangement suffisent pour en profiter sans mauvaise surprise.
Préparer l'arrivée de Copilot→
Questions fréquentes
Copilot de Microsoft 365 peut-il voir des fichiers auxquels je n'ai pas accès ?
Non. Microsoft indique que Copilot ne montre que les données qu'un utilisateur a au minimum le droit de consulter. Le problème vient des fichiers auxquels vous avez accès sans le savoir : un dossier partagé avec toute l'entreprise ou un ancien lien jamais retiré. Copilot les retrouve en une question.
Faut-il vérifier les partages même avec la version gratuite de Copilot ?
Oui, mais le risque est plus faible. La version de base répond surtout à partir d'internet et des documents qu'on lui fournit, avec un accès limité à la boîte mail et à l'agenda dans Outlook. La licence payante lit l'ensemble des mails, réunions, documents et sites accessibles à l'utilisateur : c'est là que les partages trop larges deviennent visibles.
Comment savoir quels fichiers sont trop partagés dans Microsoft 365 ?
Pour un dossier précis, ouvrez-le dans SharePoint ou OneDrive et regardez « Gérer l'accès ». Pour l'ensemble de l'entreprise, votre prestataire informatique peut produire des rapports qui listent les liens ouverts à tous, les partages à toute l'organisation, les sites sans propriétaire et les invités externes. Microsoft recommande de commencer par les sites qui contiennent des données sensibles.
Un employé a vu un dossier patient grâce à Copilot : que faire ?
Retirez immédiatement l'accès trop large, notez ce qui s'est passé et évaluez le risque pour les patients. Un accès non autorisé à des données personnelles est une violation de données au sens du RGPD : s'il présente un risque, il doit être notifié à l'Autorité de protection des données dans les meilleurs délais, si possible dans les 72 heures. Dans tous les cas, consignez l'incident dans votre registre interne des violations.
Microsoft utilise-t-il nos données pour entraîner son IA ?
Microsoft indique que les questions, les réponses et les données consultées par Copilot de Microsoft 365 ne servent pas à entraîner ses modèles d'IA, et que les échanges des utilisateurs européens restent dans l'espace de données de l'Union européenne, sauf pour certains modèles d'IA de partenaires que l'administrateur peut activer et que Microsoft exclut de cette garantie : demandez à votre prestataire de vérifier ce réglage. Le risque principal est interne : des collègues qui accèdent à des informations qui ne les concernent pas.
Faut-il former le personnel avant d'activer Copilot ?
Oui. Depuis le 2 février 2025, le règlement européen sur l'IA demande aux entreprises qui utilisent un système d'IA de prendre des mesures pour que leur personnel en comprenne le fonctionnement et les risques. Aucun certificat n'est exigé : une courte formation interne, dont on garde une trace, permet de montrer que la démarche a été faite.
